
Centre pénitentiaire agricole de Baporo (CPAB). Le soleil est encore bas sur l’horizon quand les grilles du Centre pénitentiaire agricole de Baporo (CPAB) s’ouvrent, laissant passer un convoi officiel. Le bruit des bottes s’efface derrière le silence studieux d’un champ de maïs fraîchement labouré. Ce mercredi 25 juin 2025, le ministre de la Justice et des Droits humains, Me Edasso Rodrigue Bayala, s’arrête ici, à mi-parcours de sa mission vers Bobo-Dioulasso. Une pause qui n’a rien de symbolique : elle s’inscrit dans une dynamique affirmée de suivi des actions de réinsertion par le Travail d’intérêt général (TIG).
Une visite qui en dit long
Costume sobre, regard droit, le Garde des Sceaux descend du véhicule sans protocole excessif. Autour de lui, gardiens, encadrants agricoles et quelques détenus en tenue de travail attendent, visiblement préparés. Pas de discours solennel dans l’immédiat. À la place, un geste simple : une poignée de main franche avec le directeur du CPAB. Puis, le cortège s’ébranle vers les serres. Ici, le maïs côtoie les aubergines, les pépinières de moringa bordent les plantations de bananiers.
« Nous avons 52 détenus mobilisés sur les différents volets du TIG, tous formés à des métiers agricoles ou artisanaux », explique le régisseur du centre.
Le ministre écoute, pose des questions précises. Il s’arrête, s’agenouille même pour observer les rangs parfaitement alignés de semis.
Quand la terre devient outil de rédemption
Sur un hectare et demi, les détenus produisent légumes, pavés et blocs de ciment destinés aux chantiers publics. Certains y voient un dur labeur. D’autres, une rédemption. Issa, 26 ans, purge une peine de trois ans. Il raconte, en maniant une houe :
« Au début, c’était dur. Je n’avais jamais touché la terre. Aujourd’hui, je sais planter, irriguer, récolter. Quand je sortirai, je veux louer un terrain pour cultiver. »
Cette confession n’est pas unique. À mesure que la délégation progresse, d’autres voix se lèvent. Discrètes, mais pleines d’espoir.
Le TIG : entre humanisme et pragmatisme
Introduit au Burkina Faso comme alternative aux peines d’emprisonnement ou comme volet de réinsertion, le Travail d’intérêt général peine encore à convaincre certains sceptiques. Pourtant, sur le terrain, les résultats parlent d’eux-mêmes.
Le ministre observe les détenus poser des pavés, puis inspecte un petit atelier de transformation de produits maraîchers. Un technicien lui présente des sachets de graines conditionnés, prêts à être distribués dans les cantines scolaires.
« Ce n’est pas seulement du travail, c’est un apprentissage structuré », insiste le directeur adjoint du centre.
« Chaque détenu suit une formation validée, avec encadrement et évaluation. »
Un chantier d’État : encourager, encadrer, transformer
Sous le manguier central, la visite s’achève par un échange. Le ministre prend enfin la parole :
« Ce que je vois ici, c’est du concret. Pas une mesure cosmétique, mais un outil de justice restaurative. »
Il s’adresse aux encadrants comme aux détenus. Ses mots sont sobres, mais marqués d’une volonté claire : renforcer ce modèle, l’étendre, le pérenniser.
« Le TIG est une réponse humaine à la délinquance, une chance pour ceux qui veulent tourner la page. »
Avant de repartir, Me Bayala remet symboliquement du matériel agricole : houes, bottes, arrosoirs. Il félicite un jeune homme pour la qualité de son potager, puis repart, sans fanfare, mais avec l’assurance d’avoir vu l’État au travail.
Au-delà des murs, des vies en reconstruction
La cour du CPAB se vide lentement. Les visiteurs sont partis. Mais pour les détenus, la journée continue. Arrosage, désherbage, entretien des machines. Dans un coin, un petit groupe reprend le cours de la journée de formation. Aujourd’hui, il est question d’irrigation goutte-à-goutte. Un formateur montre le schéma.
Un détenu lève la main : « Et pour les tomates, on commence quand ? »
Des résultats, mais aussi des défis
Le modèle du CPAB inspire. Mais il n’est pas sans défis. Matériel parfois insuffisant, encadrement limité, absence de débouchés après la sortie de prison : les obstacles ne manquent pas. Pourtant, les chiffres parlent. Selon la direction du centre, le taux de récidive des ex-détenus ayant suivi un TIG tombe à moins de 20 %, contre plus de 60 % en moyenne dans les autres établissements.
Une justice qui humanise
La visite du ministre, loin d’être une simple inspection, prend alors des allures de manifeste. En mettant en lumière le TIG, le ministère promeut une justice qui restaure au lieu de détruire.
Une justice qui redonne une place au citoyen, même fautif. Une justice debout.
Et à Baporo, entre deux sillons tracés à la main, c’est cette vision qui prend racine
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