Me Kyélem de Tambèla : “Sans union, nos nations resteront à la marge de l’histoire” 

Lors de la conférence inaugurale de la Rencontre Internationale Carrefour Africain Thomas Sankara, Me Apollinaire Kyélem de Tambèla a plaidé pour une union de fédération durable entre les nations du Sahel, dans la continuité de la vision panafricaine de Thomas Sankara.

 

L’ancien Premier ministre du Burkina Faso et président de l’Institut des Peuples Noirs Farafina (IPN-Farafina), Me Apollinaire Kyélem de Tambèla, a prononcé la conférence inaugurale de la première édition de la Rencontre Internationale Carrefour Africain Thomas Sankara (RICA-TS). L’événement, organisé dans le cadre de la 38e journée d’hommage au président Thomas Sankara, s’est tenu le 13 octobre 2025 à Ouagadougou. À cette occasion, l’orateur est revenu sur l’héritage moral du père de la Révolution d’août 1983.

Au cours de son intervention, Me Kyélem de Tambèla a rappelé la vision panafricaine de Thomas Sankara et son ambition d’unir les peuples du continent. Il a notamment évoqué le projet d’union politique entre le Burkina Faso et le Ghana dans les années 1980, une initiative marquée par une coopération militaire et politique étroite entre les deux pays. Ce projet visait, selon lui, à renforcer la solidarité régionale et à affronter ensemble les menaces extérieures.

Le conférencier a indiqué que ce projet d’union, qui devait s’étendre à l’Ouganda, avait été interrompu brutalement par l’assassinat de Thomas Sankara en 1987. Il a toutefois établi un parallèle avec les efforts actuels, notamment la collaboration entre le Burkina Faso et le Mali dans la lutte contre le terrorisme, tout en soulignant la nécessité d’aller au-delà de la coopération militaire.

« C’est une bonne coopération militaire dans la lutte contre le terrorisme. Mais si nous n’allons pas plus loin, à la fin de cette lutte, les pays risquent de se séparer. Nous devons donc créer des bases solides pour éviter tout retour en arrière », a-t-il affirmé.

Me Kyélem de Tambèla a aussi rappelé avoir publié, en 2003, un article appelant à la création d’une fédération du Sahel regroupant le Niger, le Mali et le Burkina Faso, avec une ouverture vers le Sénégal. Il a exprimé sa déception quant à l’implication timide de Dakar, tout en réaffirmant sa conviction que l’union de ces trois pays est désormais inévitable.

« De toute façon, il n’y a pas d’autre choix. Les trois pays iront jusqu’au bout. Ceux qui resteront en marge seront décalés de l’histoire », a-t-il déclaré.

L’ancien Premier ministre a ensuite présenté le mouvement fédéraliste africain, qui défend une démarche pragmatique et progressive vers l’unité du continent. Cette approche, selon lui, privilégie des fondations solides construites sur des réussites concrètes comme le rapprochement entre le Burkina Faso et le Mali, plutôt qu’une union précipitée et théorique.

« Vous vous rappelez que quand je parlais de fédération Mali-Burkina, certains se moquaient de moi. Aujourd’hui, où sont-ils ? », a-t-il ironisé.

Sur le plan culturel, Me Kyélem de Tambèla a mis en avant la relance de l’Institut des Peuples Noirs Farafina, sous l’impulsion du président Ibrahim Traoré. L’objectif, a-t-il expliqué, est de raviver la conscience et la dignité des peuples noirs, longtemps marginalisés. Il a rappelé que cet institut constituait un héritage direct du capitaine Thomas Sankara, porteur d’un idéal de libération intellectuelle et culturelle du continent africain.

Enfin, il a appelé les peuples africains à une véritable prise de conscience collective : « Si vous n’avez pas conscience que vous êtes pauvres, vous ne deviendrez jamais riches. Si vous n’avez pas conscience que vous êtes dominés, vous ne serez jamais libres », a-t-il lancé, concluant sur un appel à l’unité et à la lucidité.

Me Kyélem de Tambèla a exprimé son souhait de voir cette conscience nourrie et diffusée par l’IPN-Farafina, dans un esprit d’ouverture et de rassemblement de toutes les forces vives du continent.

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